Reportages

Quand le Vatican dévoile sept siècles d’histoire de l’armagnac

 

Sept siècles reposent inévitablement sur des histoires, par centaines. Sur des légendes, l’armagnac en raconte des dizaines. Mais aussi sur des symboles. Mercredi, dans les caves du Vatican, Pierre Tabarin, le président du BNIA, est allé quérir le plus important de ces symboles. Rien de moins que le texte de Vital Dufour (voir notre édition d’hier), ce prieur d’Eauze qui, le premier ventait les vertus thérapeutiques, mais pas que, de l’eau-de-vie gasconne. Il s’agit bien du texte fondateur de l’armagnac, celui qui permet d’écrire aujourd’hui que l’alcool ambré, élevé à Eauze ou Villeneuve-de-Marsan, est bien l’eau-de-vie la plus vieille de France. En attendant que les Armagnacais eux-mêmes ne prouvent que leur élixir pourrait finalement être le plus ancien à l’échelle de la planète !

Mercredi à Rome, les Gascons n’ont rien laissé au hasard afin de décrocher ce graal. Ils ont débuté leur journée en assistant à l’audience du Pape. Celle-là même au cours de laquelle Benoit XVI salue chacune des délégations du monde venues lui présenter « dévotion et gratitude ». Seule petite déception, la délégation gerso-landaise n’a pas été officiellement annoncée sur la place Saint-Pierre. Mais il eut été incongru, sans doute, de saluer au cœur des pèlerins la présence des mousquetaires de l’armagnac. Si les prélats apprécient l’eau-de-vie distillée en Gascogne, le temps n’est pas venu de substituer l’armagnac au vin de messe. Le droit canonique est, sur ce sujet comme d’autres, inflexible !

Mais l’audience ne suffisait pas. La visite de la bibliothèque apostolique vaticane -celle que les habitués des lieux nomment plus simplement la Vaticane- s’imposait. Privilège rare que celui d’entrer dans des lieux qui conservent « l’histoire de l’humanité », comme l’a souligné le président Tabarin. Certes, les Armagnancais ne sont repartis qu’avec le fac similé du texte de Vital Dufour, mais ils ont approché et même touché le livre qui renferme depuis plus d’un siècle les mots de l’abbé élusate. Et rien n’interdit de penser que, dans sept siècle ou plus, des descendants curieux des actuels producteurs d’armagnac, frapperont à la porte du scriptor de l’époque pour tenter d’y découvrir, à leur tour, le message des quarante vertus. Il devrait, dieu soit loué, rester en bonne place à la Vaticane.

Cette aventure romaine a ravi un homme. Un Gascon né entre Condom et Mézin, sur les terres de Réaup, où l’armagnac bas-landais est fier de sa couleur. C’est homme, Xavier D’Arodes de Peyriagues est un éminent français, pas encore connu du grand public, mais promis à un bel avenir. L’abbé, du haut de ses 38 ans et bardés de plusieurs poignés de diplômes prestigieux, parlant couramment six langues, est le conseiller ecclésiastique de l’ambassadeur de France près le Saint-Siège. Entendez par là que le Gerso-landais, a un rôle diplomatique essentiel dans les relations de la France avec le Vatican. Fonction qu’occupait d’ailleurs, juste avant lui, un autre Gascon, l’abbé Gouyou, ancien curé de Dax.

Monseigneur Xaxier D’Arodes n’était pas le moins fier, mercredi soir dans les salons de l’ambassade, de conclure cette journée dont il fut un des principaux artisans. On le vit même tenter une ultime négociation avec le vice-préfet de la Vaticane pour tenter de photographier et filmer l’original de Dufour. Une détermination qui traduit sans doute aussi les bonnes relations qu’entretiennent Eglise et Armagnacais. L’Histoire raconte d’ailleurs que les hommes d’Eglise ont régulièrement été à l’origine de création viticole.

Le Cardinal  Jean-Louis Tauran, ancien « ministre des affaires étrangères » de Jean-Paul II a, pour sa part,  apprécié à sa très juste valeur le millésime de son année de naissance offert mercredi soir par le BNIA.

 

Mars 2010

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