Patrick Farbos - BNIA
Portraits

Patrick Farbos, la force tranquille

Gascon dans chacun de ses actes, le nouveau patron de l’armagnac (déjà président de l’interprofession Floc, des Hauts de Montrouge et des Trois filières), est le nouvel homme fort de la viticulture dans la région. Portrait.

 

Sa bonhomie. Son regard accueillant et sa main tendue vers l’autre. Voilà sans doute ce qui frappe prioritairement lorsque l’on croise pour la première fois Patrick Farbos.

Le gaillard est né, voilà bientôt soixante-ans, à Mont-de-Marsan. Ou plutôt, à l’écouter, dans la ferme familiale de Campagne d’Armagnac. Car selon lui, sa mère n’a fait qu’un passage éclair par la maternité montoise. Tout est (presque) dit de la personnalité attachante de Patrick Farbos.

Gascon, il est sans aucun doute. Dans le verbe et l’attitude, la gouaille et l’amitié, le bon vivre et le verre partagé.

Son histoire ne raconte pas autre chose.

Comme de nombreux gamins de sa génération, il a fait ses classes au collège de Masseube pour y parfaire ses connaissances en agriculture, avant un BTS en production animale préparé à La Raque et un examen passé du côté de Versailles. Avec panache d’ailleurs. Au point « que les examinateurs me conseillaient de devenir technicien brebis en Vendée ! »

Quarante ans plus tard le Gersois en rigole encore. Pas question de s’éloigner de son Bas-Armagnac.

De retour au bercail, un premier dilemme se présente à lui. Sous la forme d’une question paternelle. « Alors,tu fais quoi maintenant ? Des études vétérinaires ou tu t’installes sur la propriété ? » Le jeune Farbos s’installe, mais à une condition : il veut 100 vaches laitières. Débutent alors trente années passées au près de son bétail. La brucellose et l’abatage de son troupeau de 76 vaches en 1986 ne le découragent pas. Il repart de zéro. Jusqu’en 2013. A cette date il vend les vaches et se consacre au vignoble familial qu’il a fait évoluer au cours des décennies précédentes.

Dès lors, tout s’enchaîne. Le coopérateur qu’il est depuis des années à la Cave des Producteurs Réunis de Nogaro, en est devenu le président en 2009. En 2014, il succède à Jérôme Delord à la présidence de l’interprofession Floc de Gascogne à la tête de laquelle il est réélu en 2017. Il est aussi le président des trois filières (vins côtes de Gascogne, Madiran et Saint-Mont, Floc de Gascogne et armagnac). Et depuis le 1er juillet il préside donc le BNIA. De quoi faire du vigneron de Campagne d’Armagnac un des hommes forts de la viticulture régionale.

Lui, préfère en sourire. « Je n’ai rien calculé sourit-il. Je n’aurais jamais imaginé devenir président du BNIA. Parce que pour cela il faut connaître un peu le sujet ».

Pied de nez, roublardise toute gasconne ? « La vérité, se reprend-t-il, est que mon téléphone n’arrêtait pas de sonner depuis des semaines. Beaucoup d’amis m’encourageaient à y aller. » Il y est allé.

 

« Nous devons travailler, aussi, à faire connaître nos armagnacs dans la région »

 

Il représente désormais, par le jeu de l’alternance voulue par l’organisation interprofessionnelle, la famille production et plus particulièrement la coopération. Il ne vous l’avouera pas mais il est très satisfait d’avoir gagné une première bataille : alors qu’il exigeait un vote à bulletin secret, il a obtenu 26 voix sur 29 possibles. « Et encore je n’ai pas voté pour moi, » lâche-t-il, boutade au bord des lèvres.

Voilà donc Patrick Farbos à la tête du navire armagnac. Une magnifique embarcation sur des flots pas toujours apaisés. Farbos, le boss, le sait. Pour l’heure, il se fixe des objectifs pragmatiques. A son image. Lui l’homme de consensus, le modérateur passionné par les rencontres, les échanges et la découverte des autres, veut d’abord travailler « aux relations entre production et négoce. Cela va beaucoup mieux mais nous devons aller encore plus loin, être capable de monter des actions communes. Mais nous sommes Gascons…» pointe-t-il comme une fatalité. Ou du moins comme une composante qu’il ne faut pas oublier dans les relations humaines dans ce coin du Sud-Ouest.

Il ouvre la porte, aussi, aux jeunes générations d’Armagnacais. « Nous avons besoins qu’ils fassent avancer les choses et qu’avec eux nous préparions l’avenir. »

Quant au positionnement de l’armagnac, ceux qui le connaissent ne seront pas étonnés : « beaucoup de projets sont en cours à l’export. C’est très bien. Il faut les faire vivre et les développer. Mais nous devons aussi travailler à faire connaître nos armagnacs dans notre région. Il faut qu’il soit présents et connus à Toulouse et dans tout le Grand Sud. Certes nous allons très loin pour vendre nos armagnacs, mais n’oublions pas que chez nous nous n’y sommes pas. Ou pas assez. Alors, allons proposer des cocktails à l’armagnac et faisons découvrir nos produits. Ils seront à coup sûr très appréciés. »

On peut faire confiance au président Farbos pour mouiller la chemise, comme il le fait avec le Floc n’hésitant pas à aller offrir l’apéritif au couple présidentiel à l’Élysée, pour être le premier de cordée dans l’ascencion des marchés.

« Tout ce qu’il touche il le réussit », dit de lui un de ses anciens profs de Masseube. De quoi mettre la pression au nouveau patron du BNIA ? Sans doute pas, tant Patrick Farbos semble décidé à ne rien changer de son attitude. « Je sens tout de même que je risque de rencontrer des personnes que je n’aurais jamais croisées sans accéder à cette responsabilité », imagine-t-il.

Une accolade amicale de son prédécesseur Marc Darroze (dont la présidence qui s’achève a été particulièrement remarquée) revêt tous les signes d’un encouragement et l’assurance d’un accompagnement de la part du négociant de Roquefort.

Avec Jérôme Delord comme vice-président et de jeunes et nouveaux Armagnacais à ses côtés, le président Farbos entame un mandat qui, assurément, marquera le parcours de l’enfant de Campagne d’Armagnac.

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