Portraits

Nicolas Sinoquet rachète Gimet

 

Quel investisseur audacieux tenterait de reprendre la distillerie Gimet  à Cazeneuve, institution armagnacaise fondée en 1929 par Clémence Gimet et installée au rang des piliers de l’eau de vie gasconne par les descendants Roger et Jean-Pierre ? Qui, au décès de ce dernier en 2009, pourrait de nouveau incarner le distillateur gascon ? Un Jean-Pierre Gimet aussi à l’aise dans ce corps à corps sensuel avec l’alambic -prestigitateur de la transformation du vin en eau-de-vie- qu’autour d’une table gourmande pimentée de gasconnes anecdotes ? Personne, croyait-on. D’autant que la famille Gimet ne vendrait pas au seul dessein mercantile. Elle choisirait, à n’en pas douter, son acheteur.

Un jour de fin d’été 2013, Nicolas Sinoquet, un brillant ingénieur en sciences-agro (ENITA Bordeaux), policé par HEC pour une déclinaison marketing de son cursus,  poussait  la porte de la maison Gimet. Le garçon, passé par le groupe Rémy Cointreau et par le groupement de caves coopératives audoises (ACCOAR) qu’il dirigea quatre ans, dévoilait quelques  atouts. Mais très vite, il comprit que la négo se jouerait sur un autre terrain. « Madame Gimet et sa famille n’étaient pas vendeurs à tout prix. Nous nous sommes rencontrés avec mon épouse et nos enfants, raconte Nicolas Sinoquet. Nous leur avons présenté notre projet. » Et le courant est passé. Fin 2013, l’affaire était signée.

Une opportunité pour cet ingénieur qui  depuis très longtemps rêvait d’investir dans une distillerie. « Mais pas dans l’Est de la France ou en Charente, c’est l’armagnac, son histoire, son authenticité et sa qualité qui m’attiraient ». Pour transformer son rêve, il quitte ACCOAR et se rapproche de Jean Merlaut, son oncle, propriétaire du château Gruaud-Larose, deuxième grand cru classé à Saint-Julien-Beychevelle. Le tonton, auprès de qui il est venu chercher conseil sur son projet armagnacais, non seulement l’encourage mais  le nomme, aussi,  directeur de son domaine bordelais.

2014 sera consacrée à la remise en état de la distillerie. Avec de nouvelles ambitions pour les armagnacs Gimet. Finies les distillations de milliers d’hectolitres tous les ans. « Nous privilégions désormais des eaux-de-vie millésimées qui ont passé au moins quarante années en fût. Avant de les commercialiser nous leurs offrons  une année supplémentaire en fûts de Sauterne. » Nouveaux cap pour l’armagnac Gimet que son nouveau propriétaire veut installer sur un marché haut de gamme « en étant le plus intègre possible dans notre fabrication. » « Beaucoup d’Armagnacais travaillent très bien les entrées et milieux de gamme, poursuit Nicolas Sinoquet. Mais je suis convaincu qu’il existe de beaux lendemains pour un haut de gamme. » Un armagnac Gimet que l’on trouve désormais chez les cavistes les plus exigeants dans des fourchettes de prix de  150 à 180 euros.

Si le nouveau distillateur –qui élabore aussi dans le Gers une vodka à partir de petit lait fermenté et une triple distillation- décline « une ambition mesurée » et « un travail très simple », il a conscience d’avoir acquis de beaux stocks d’armagnac et une marque réputée avec laquelle il ambitionne de traverser les frontières. Vers l’Allemagne, déjà, vers la Grande Bretagne et la Belgique, demain.

 

Septembre 2015

 

Son armagnac :  Gimet  1978

Ce millésime a achevé son vieillissement en fût de grand vin liquoreux et conserve à son degré naturel de sortie de fût. Cette eau de vie provient d’un fût unique. Premier nez marqué de notes végétales et florales, laissant place à des notes de chocolat blanc et de cabosse de cacao. Dernière bouche sur une fraîcheur agrume.

150 euros. www.distilleriegimet.com

 

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