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Reportages

Genèse de l’armagnac au Vatican

 

Hier soir, les Gascons ont récupéré à Rome le texte fondateur de l’armagnac. Une quête symbolique qui lance le 700ème anniversaire de la plus vieille eau-de-vie de France

Monseigneur Duval-Arnould, scriptor de la bibliothèque vaticane, le tient dans les bras. 13h30 hier, dans un lieu du Vatican interdit au pèlerin de passage. C’est, en réalité, une salle de la bibliothèque actuellement en travaux, aussi bien gardée que tous les secrets de l’église catholique. Dans les bras du scriptor, le graal des Armagnacais : le livre qui contient le manuscrit écrit par Maître Vital Dufour en 1310 et imprimé plus de deux siècles après à Mayance, en Allemagne.

Le président du BNIA (bureau national interprofessionnel de l’armagnac) et son directeur Sébastien Lacroix vont enfin le toucher. Pas si simple. Le scriptor et le vice-préfet de la bibliothèque, l’Italien Ambrozzio Piazzoni, s’interposent. Frustration dans les rangs des représentants des media. La règle est stricte : pas de photos, pas d’images. L’original ne quittera pas les lieux. Xavier D’Arodes de Peyriagues, conseiller ecclésiastique de l’ambassadeur de France près le Saint-Siège, tente une ultime négociation. Le diplomate, né entre Condom et Mézin, au cœur du terroir armagnacais, n’y pourra rien. Le document reste sous la protection divine, aux côtés de millions de livres et documents dont le plus ancien, un papyrus du premier siècle après J.-C.

Vital Dufour ne l’aurait imaginé. L’abbé d’Eauze, féru de médecine qu’il avait étudiée à l’université de Montpellier, écrivit en 1310 « les 40 vertus de l’armagnac ». Comment aurait-il pu envisager que son propos, texte fondateur de l’armagnac, serait confiné, sept siècles plus tard, au Vatican ? Drôle histoire que celle de ce texte. On y apprend que l’armagnac « pris médicalement et sobrement », « fait disparaître la chaleur et la rougeur des yeux », « arrête les larmes de couler », « guérit les chancres, les fistules », « est très utile aux mélancoliques »  ou encore cette vertu érigée en slogan par les Mousquetaires d’armagnac : « cette eau-de-vie serait source de toutes les vertus viriles et de tous les enthousiasmes féminins. » A chacun, finalement, de tester les effets de l’armagnac.

Comment ce texte dont l’historien gersois l’abbé Loubès est l’inventeur (il a découvert son existence au milieu du XXè siècle) se retrouve au Vatican ? Ambrozzio Piazzoni a la réponse : « le cardinal Mai, un Italien de la région de Bergamo, a acheté ce document et en a fait don au Vatican, avec toute sa collection privé, au milieu du XIX ème siècle. » Mais comment ce prélat italien c’était-il intéressé aux travaux de l’abbé gersois ? Le fait que Vital Dufour ait été élevé au cardinalat par le Pape Clément V, son oncle, explique peut-être que Mai se soit penché sur les travaux d’un autre cardinal ? Et qu’est devenu ce texte de 1531 (date de son impression) au milieu du XIXème ?

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Les Armagnacais promettent d’étudier sur la question. Pour l’heure, hier soir, à la Trinité des Monts, propriété française au cœur de Rome, ils ont reçu très officiellement des mains du scriptor, du vice-préfet –en présence de l’ambassadeur de France-, le fac-similé du texte de Vital Dufour. « C’est notre histoire que nous sommes venus chercher, » commentait Pierre Tabarin. 2010 est le lien entre sept siècles passés et, nous l’espérons sept siècles à venir pour l’armagnac. »

A Rome, les Armagnacais sont venus chercher « la mémoire de la vie des hommes », a dit Pierre Tabarin. Dès demain, les vertus de Vital Dufour sous le bras, l’armagnac va parcourir toutes les grandes capitales du monde pour montrer combien cette eau-de-vie, riche de son passé, est à l’heure de son époque. Pour revenir en fin d’année dans son terroir écouter ronronner les alambics et écrire la suite de l’histoire.

Mars 2010

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