Florence Castarède
Portraits

Florence Castarède : L’armagnac, son eau de vie

 

Écrire que Florence Castarède est tombée dans l’armagnac toute petite serait inexact. Pourtant, ses beaux souvenirs d’enfant et d’adolescente résonnent à Barbaste, chez son grand-père négociant en armagnac. « Dès que nous arrivions chez lui, avec mes frères, le rituel consistait à nous mesurer devant les barriques et nous peser. Notamment dans le chai historique de la famille à Lavardac. »

A la disparition de son grand-père, son père Jean hérite du négoce d’armagnac. « Mais papa voulait trouver une maison de famille avec une propriété viticole pour asseoir notre marque et l’activité autour de l’armagnac, pour distiller nos propres vins.»   « En attendant, raconte Florence, c’est notre maître de chai, André Lespes, qui gérait. Mon père était trop pris par ses activités. »

C’est un accident de la vie, au sens propre, qui va donner une nouvelle orientation à la famille Castarède. « En 1979, mes parents partaient pour trois semaines de vacances en Chine lorsque leur avion s’est écrasé à Athènes. Ils ont fait partie des rares survivants. Et de retour à Nice, lors de leur rapatriement, papa a voulu revenir vers le Gers plutôt que de rentrer à Paris. Il est allé revisiter le château de Maniban, à Mauléon d’Armagnac, qu’il avait découvert deux ou trois ans plus tôt pour des amis qui cherchaient à investir dans le Sud-Ouest. Maniban était toujours à vendre, il a immédiatement acheté le domaine. »

 

Florence Castarède au Château de Maniban
Florence Castarède au Château de Maniban

 

En ce début des années 80, Jean Castarède désigne sa fille pour gérer Maniban et l’armagnac. « J’étais jeune et étudiante en gestion, je vivais à Paris et m’imaginais travailler dans des produits féminins. J’étais à cent lieues d’imaginer travailler dans l’armagnac. » Jean Castarède, lui, avait sans doute de la suite dans les idées pour avoir fait passer un Bac agricole à sa fille… Pour autant, Florence ne répond pas tout de suite à la demande paternelle. Elle va prendre son temps. Mais là encore, les circonstances de la vie vont influer grandement sur l’avenir de la Maison Castarède.

« J’ai été très malade, dévoile Florence. Une période très délicate dont je suis sortie guérie. Alors, je me suis dit qu’il s’agissait d’un signe, que j’étais vivante, que c’était à moi d’y aller. » A elle la direction de Maniban et la gestion de la société d’armagnac. Son eau de vie à elle, en quelque sorte.

En ces années 1994-1995, Florence s’investit tête baissée. « Tout était à faire, à structurer, se souvient-elle. Ce que j’aime le plus ? Les autres et les voyages. Finalement ce métier me satisfaisait pleinement. » Alors la jeune femme a voulu tout savoir, tout comprendre. Elle a sillonné la France et visité le monde à une époque où une femme chef d’entreprise n’était pas toujours la bienvenue, voire pas acceptée comme dans certains pays d’Asie. « Fort heureusement, dans l’Hexagone notamment, le fait d’être une femme surprenait tellement que j’étais bien accueillie, écoutée. »

Vingt-cinq ans après ses débuts, Florence Castarède distille toujours un enthousiasme et une volonté hors du commun. Et l’affirme : « je referais la même chose. Je crois que je suis une femme commerçante. Ce que n’étaient ni mon père, ni mon grand-père. Ce qui me plaît est de promouvoir un produit, quelque chose de tangible. » Un aveu de sa part ? « J’ai envie d’être partout ! »

Pas étonnant que son showroom du boulevard Haussmann à Paris soit un lieu de rassemblement bien au-delà de la marque de sa Maison. Pas étonnant que Florence et sa petite équipe courent les salons du monde et que l’Armagnacaise de Mauléon cherche à dénicher à Paris, à Lyon ou sur d’autres continents « des lieux sympas où l’armagnac est présenté, raconté, consommé. »

Si depuis vingt-cinq ans d’autres femmes ont pris les commandes de Maisons, Florence Castarède incarne cet enthousiasme et cet engagement tout en féminité. Un véritable atout pour l’eau-de-vie gasconne.

 

 

 

 

Article paru dans le 1er numéro du magazine ArmagnacNews, magazine papier 100 % armagnac.

Prochain numéro à paraitre en septembre.

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