L'Invité (e)

« Des produits plus jeunes, plus aromatiques »

« Les ventes d’armagnac dépendent aujourd’hui de notre capacité à (re)conquérir la France. La restauration n’est plus le prescripteur de l’Armagnac, et à Paris, depuis les tragiques attentats de l’année écoulée, l’eau-de-vie est en perte de vitesse. » Ce constat est signé Philippe Gélas, à la tête de la Maison éponyme née il y a plus de 150 ans. « Aujourd’hui, analyse-t-il, seul le millésime, spécificité armagnacaise, tire son épingle du jeu. Mais cela ne suffit pas. L’armagnac est trop associé à l’idée de cadeau.  Pour ces raisons, je suis convaincu que nous devons aller sur des produits plus jeunes, plus aromatiques. » D’où la voie des single cask. Une eau-de-vie très jeune, non marquée par le tanin. Là encore, Philippe Gélas a son idée : « osons d’autres bois de chêne que celui de Gascogne. Avec par exemple ceux du Limousin ou des Vosges, moins porteurs de tanin mais à la panoplie aromatique plus large. »

La Maison Dugas, référence sur les whisky, apprécie la démarche du négociant gersois et ses single cask. « Les commerciaux de Dugas sont prêts à distribuer nos armagnacs jeunes, précise Philippe Gélas, mais il convient d’effectuer un travail de sensibilisation auprès des cavistes, des restaurateurs. Il faut leur faire déguster cette nouvelle génération d’eaux-de-vie. » Un travail de longue haleine aux yeux du négociant de Vic-Fezensac qui en appelle à un repositionnement de l’armagnac. « Nos ventes se réalisent pour moitié en France, or, c’est dans l’Hexagone que nous souffrons beaucoup. Nous n’avons pas les moyens de réaliser des campagnes efficaces à l’étranger. Concentrons-nous davantage sur la France en commençant par notre région d’origine. »

Et Philippe Gélas de s’étonner encore que « des restaurateurs de la grande région ne proposent pas d’armagnacs parce qu’ils n’y pensent pas où qu’ils n’ont pas été démarchés. »   Il évoque aussi les femmes « à qui nous devons nous adresser plus directement. Elles sont plus indépendantes dans leurs goûts et très éloignées du conservatisme masculin qui associe encore beaucoup nos produits au rugby ou au cigare. »

 

Septembre 2016

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