Portraits

Dartigalongue : Benoît Hillion vise l’excellence

Il n’est pas tombé dedans lorsqu’il était petit. Diplômé de l’institut national  agronomique Paris-Grignon, Benoît Hillion était spécialiste du recyclage, du compost, chez Veolia.  Virginie, sa jeune épouse, est la nièce de Françoise Dartigalongue… Vous commencez à imaginer la suite ?

Aux commandes d’une des plus anciennes maisons d’armagnac, à Nogaro, Françoise Dartigalongue se désolait de ne compter dans son entourage familial que dentiste et éleveur de chèvres… Aucun profil, a priori, capable de poursuivre l’aventure armagnacaise. C’était sans compter sur le petit neveu, Benoît. En 2009, Veolia lui offre un congé sans solde, et le voilà parti à la découverte de l’eau-de-vie brune.

« J’ai commencé par participer à Vinexpo à Bordeaux, se souvient-il. Un professionnel sur deux me disait « l’armagnac est mort, n’y va pas », l’autre m’encourageait : « Dartigalongue est une magnifique maison, fonce ». Benoît a foncé. En mai 2010 il s’installe à Nogaro avec femme et enfants. « Quinze jours plus tard je partais au Japon sur un salon, » sourit-il. Une formation dispensée par l’œnologue du bureau national interprofessionnel de l’armagnac (BNIA) et les conseils avisés du maître de chai maison, plus tard, Benoît cause déjà comme un vieux briscard gascon. « J’ai appris la patience imposée par l’armagnac, par les marchés. Mon séjour au Japon m’avait paru très prometteur, pourtant, la première commande des acheteurs nippons n’est venue que 18 mois après. »

Gislain, « Maitre de Chai », et Benoit Hillion, pendant « l’assemblage » de l’armagnac.

Alors Benoît s’est  lancé dans la création d’une gamme de Single Cask, sans oublier pour autant les joyaux de Dartigalongue, des millésimes exceptionnels dont certains ont connu le XIXè siècle. Le jeune Hillon choisit la voie du haut de gamme. « En travaillant sur un degré idéal, un meilleur compromis alcool/arômes avec le plus possible d’intensité. » Sous l’œil attentif et protecteur de sa tante, l’ancien technicien de Véolia ne s’enflamme pas. « J’ai conscience que nous n’augmenterons nos volumes que lentement. Et notre ambition demeure dans l’idée de progresser à l’export, et en France, à la même cadence. »

Benoit Hillion

Le jeune homme multiplie les sorties. A l’étranger, chez les cavistes indépendants et dans les restaurants. « Je me rends compte que la plupart des cavistes n’ont pas de discours armagnac. A moi de leur raconter notre histoire, notre légitimité à proposer des produits dans la tradition. » Pierre Gagnaire, le triple étoilé Michelin, fait parti des plus convaincus par les armagnacs Dartigalongue. Tout comme Lafayette gourmet. Benoît Hillon ne se contente pas de ces réussites. « La belle endormie, qu’a été l’armagnac trop longtemps, est en plein réveil. Nous visons l’excellence en allant sur les goûts, ceux qui plaisent aujourd’hui à cette génération  attirée par les spiritueux. »Dans les chais centenaires de Nogaro, celui qui incarne la relève de cette entreprise que d’aucuns nomment affectueusement « Darti », s’engage à innover, par « un travail sur l’élevage, sur différents fûts ». Tout en gardant une sérénité assise « sur un marché français qui nous accorde sa confiance et nous assure la moitié de notre chiffre d’affaires, » commente-il.

Une bonne assise en effet, qui permet au jeune Benoît Hillon d’imaginer  de nouvelles démarches commerciales, un marketing plus tendance. C’est la meilleure des nouvelles pour le fleuron armagnacais de Nogaro.

Septembre 2015

 

Son armagnac :  1978 Cingle Cask

Série limitée, bouteille numérotée, Dartigalongue joue sur la rareté avec ce 1978 de couleur  ambre soutenu. Au nez, il délivre des parfums d’épices, de fleurs blanches, de bonbon anglais et des notes boisées de vieillissement. Il offre en bouche des fruits confits, de la figue sèche, de l’abricot, avant une finale rancio. Structurée et équilibrée, cette eau-de-vie se caractérise, aussi, par une belle longueur en bouche.

130 euros, www.dartigalongue.com

 

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