Portraits

Caroline a quitté Kenzo pour l’armagnac familial

 

« C’est ici que je me sens chez moi, que je suis bien. Jusqu’alors je ne me sentais pas vraiment légitime ! » En matière de virage à 180 degrés, Caroline Rozès ne croisera pas tous les matins des concurrents sérieux. Du haut de ses 36 ans, la jeune femme vient de tourner une page de quinze ans chez LVMH et Kenzo, chez qui elle gérait fragrances mais aussi marketing, ou encore  campagne de pub. Un job à faire rêver plus d’un diplômé d’école de commerce qu’est Caroline Rozès « et diplômée d’histoire de l’art en Italie, j’y tiens », sourit la jeune gersoise.  Elle a tout plaqué -et ne regrette rien- de cette vie d’avant. Encouragée par son compagnon prof au Pays basque, elle signe définitivement un retour sur les propriétés familiales. Car chez les Rozès, à Cassaigne, chacun possède son domaine. Maman celui d’Aurensan, papa celui de Léberon. Inutile de préciser que l’armagnac  berce les enfants Rozès depuis des décennies.

Entre fierté et étonnement face à ce changement de cap, les parents confient les aspects commerciaux et marketing à Caroline. « Ce n’est que du bonheur, avoue la jeune femme. Je rêvais de travailler pour moi, de retrouver cette ambiance sur les terres de mon enfance. » Rompue aux échanges commerciaux, Caroline n’en demeure pas moins réaliste. « Je suis consciente que le travail est immense. Jusqu’à présent, nos récoltent rejoignaient la cave coopérative et nous vendions quelques bouteilles à des amis. Vous imaginez que les cavistes ne m’attendent pas les bras ouverts. » Mais rien ne semble arrêter Caroline dont le projet est bien ficelé : replanter de la vigne, ne rien commercialiser avant 15 ans d’âge et jouer la qualité, le haut de gamme.

Caroline Rozès

Pour mener à bien son dessein, l’Armagnacaise de Cassaigne entend faire de ces deux propriétés une chance, une complémentarité. Avec les vignes du château de Léberon, une magnifique bâtisse dont les premières pierres ont été édifiées au XIV è siècle,  l’armagnac sera traditionnel, millésimé, brut de fût. En revanche, le domaine Aurensan suggère à Caroline d’emprunter des chemins moins explorés. « Cela me permet d’avoir deux discours, deux approches, deux produits », se réjouit-elle. Il suffit, pour s’en convaincre, de se balader sur les sites (distincts) des deux domaines et d’y découvrir les vidéos. L’une solennelle et distinguée, l’autre plus iconoclaste et dans l’air d’un temps respirable par la nouvelle génération.

Entre classique et originalité, entre stocks de millésimes anciens et projets d’assemblage, la férue d’histoire de l’art laisse filtrer une excitation à bousculer un marché qu’elle juge un peu trop conformiste. Pour autant, Caroline, en bonne gasconne, distille  ses idées et projets avec retenue, comme pour mieux maîtriser une impatience envahissante. Au détour de l’échange, elle  échappe une ambition pour le moins surprenante : « je cherche à replanter notre vignoble des dix cépages fantômes que recense le décret de l’appellation. » Pour les non initiés, aux quatre cépages connus aujourd’hui sur le terroir, il convient de citer : le Plan de graisse, le Meslier Saint-François, le Mauzac blanc et rosé, le Jurançon et la Clairette. « Certains sont très difficile à débusquer », commente Caroline qui ne désespère pas, dans quelques années, de proposer à ses clients cette palette de cépage sous la forme d’eaux-de-vie  blanches voire, plus ambitieux encore, en déclinant une collection de mono cépage.

A l’instar d’autres trentenaires débarqués en Gascogne, l’ancienne responsable des fragrances de Kenzo apporte une vision plus fraîche à l’eau-de-vie ambrée. Nul doute qu’elle saura en sublimer tous les parfums.

Septembre 2015

 

Son armagnac : Domaine D’Aurensan 30 ans

Cette eau-de-vie à son degré naturel est une véritable gourmandise autour de notes raffinées de figue séchée, gingembre confit ou encore de noix. Constitué d’assemblage d’armagnac de 30 ans, il offre une finale de sous-bois. Une eau-de-vie en pleine maturité.

168 euros, www.domaine-aurensan-boutique.com

 

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