Reportages

A la découverte du brandy de Jerez

 

Les représentants de quatorze Maisons de négoce d’armagnac viennent de réaliser un voyage d’étude en Andalousie, dans les bodegas du brandy de Jerez.

Très régulièrement le syndicat du négoce armagnacais organise des voyages d’étude. En Écosse, dans le Cognac ou le Calvados notamment. « Dans le but, précise Benoît Hillion, l’actuel président du syndicat, de découvrir des filières de spiritueux, mieux connaître les autres familles pour mieux se connaître et mieux identifier nos forces, mais aussi définir des pistes d’améliorations. C’est aussi l’occasion de ressouder les liens entre opérateurs. »

C’est ainsi que Benoît Hillion a proposé à ses collègues négociants un voyage «au cœur de la filière brandy de Jerez, très liée aux vins de Jerez. Une histoire passionnante et très ancienne à l’instar de la notre. Ces produits, poursuit le directeur de la Maison Dartigalongue, sont souvent méconnus mais diffusés un peu partout dans le monde. Il paraissait intéressant d’aller les découvrir. »

Pas moins de quatorze Maisons ont participé la semaine dernière à ce séjour et visité les bodegas, Gonzales Byass, Fernado de Castilla, Grupo Alvarez et Lustau à Jerez et Puerto Maria.

« Nous avons été très bien accueillis par les Espagnols, commente le président Hillion. Nous avons beaucoup appris, tant sur les vins de Jerez à l’élevage sous voile de levures (élevage biologique) ou sans voile (élevage oxydatif), les Fino, Manzanilla, Paolo Cortado, Oloroso etc, que sur les brandies de Jerez, dont le vieillissement doit être effectué dans des fûts issus de vins locaux. »

« Cette filière, poursuit-il, est articulée autour de deux types de produits complémentaires, et assez liée aux whiskies écossais puisque les fûts de Sherry sont très demandés. » (Ndlr : Sherry, Xerez et Jerez sont trois synonymes.)

Pour Benoît Hillion, « une fois de plus, c’est l’occasion de mieux réaliser que les atouts de notre Gascogne sont nombreux et que nous avons encore une meilleure idée des arguments comparatifs à mettre en avant auprès de nos acheteurs. Comme mettre l’accent sur les particularités que nous avons, et que d’autres n’ont pas, mieux expliquer l’armagnac à des acheteurs qui ont pu visiter d’autres filières avant d’arriver chez nous. »

A l’issue de ce voyage d’étude, le président du syndicat du négoce pointe aussi la nécessité « d’expliquer que le coût de production de l’armagnac est bien plus élevé que la plupart des autres alcools bruns. Nous l’avons vérifié encore une fois à Jerez, entre le coût de revient du vin, de la distillation et des fûts de chêne. Leurs coûts sont très inférieurs aux nôtres. »

« Nous devons orienter notre marketing en tenant compte de nos spécificités, pointe Benoît Hillion. Quant à l’innovation qui va bon train en Armagnac, elle doit être soulignée, aussi, car nous avons vu une filière brandy plutôt traditionnelle, tant sur les packaging que l’approche générale. L’histoire de Jerez est magnifique, son patrimoine aussi, mais aujourd’hui cela suffira-t-il ? Leur filière ne connaît pas l’engouement que connaissent les whiskies, rhums et gins, et ils doivent eux aussi se remettre en question. »

Le président se félicite enfin de « l’ambiance qui a prévalu à ce voyage. Ce type d’opération nous permet de mieux nous connaître et donc de mieux travailler ensemble à un but commun : développer notre petite appellation, mieux valoriser nos produits uniques au monde. »

Lors de l’assemblée générale annuelle du syndicat du négoce, un bilan de ce voyage sera proposé ainsi que quelques bouteilles de Jerez à déguster pour les négociants qui n’ont pu participer. L’occasion, aussi, d’évoquer le prochain voyage d’étude.

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