Portraits

Rémi distille sa passion armagnacaise

Sur la propriété familiale de Montréal-du-Gers, Rémi Brocardo soigne ses eaux-de-vie. Il distille aussi, pour Philippe Gironi, chez une trentaine de clients. Et de temps en temps il distille… du rhum agricole.

 

Il taille sa vigne sur les hauteurs de Montréal-du-Gers. Un plaisir toujours renouvelé sur cette propriété que les Brocardo se lèguent depuis cinq générations. Rémi s’est installé en 2018 et porte une attention toute particulière à ses 14 hectares d’ugni blanc et de baco. Tous dévolus à l’armagnac. Une passion pour ce gamin qui a toujours vécu au rythme de l’alambic, chez lui, chez les voisins.

Au point que depuis six ans il travaille avec Philippe Gironi, le distillateur gersois. « L’aventure est née par hasard, raconte Rémi. J’ai su par un copain que Philippe cherchait quelqu’un pour travailler avec lui. Je suis allé le voir mais lui est dit que je n’y connaissais rien. Il m’a répondu « si tu es passionné c’est le principal, le reste viendra ». Et voilà ! J’ai appris à ses côtés et depuis six campagnes je fais partie de son équipe. C’est moi qui mets en route les alambics, qui gère les déplacements d’un propriétaire à l’autre. »

Avec son patron et l’équipe de distillateurs, Rémi distille chez quelque 30 Armagnacais, du 15 octobre à la fin janvier. Et ce n’est pas tout, sa passion pour l’alambic ne s’arrête pas là. Il distille aussi du rhum. « Ah ça c’est encore une autre histoire, s’amuse-t-il. C’est la société Sofac à Condom (qui fabrique des alambics, Ndlr) qui m’a mis en contact avec des Thaïlandais qui font du rhum. Il cherchait un alambic armagnacais et un distillateur, j’y suis allé. »

Et c’est ainsi que Rémi a élaboré le Rhum Chalong-Bay, dans la baie de Chalong. « Finalement cela se travaille de la même façon à part que le vin blanc est remplacé par du vin de canne à sucre. Pour un rhum agricole de grande qualité.» Cette expérience hors du commun, Rémi l’a vécue l’année dernière, de février à avril. Il rêve de la renouveler lorsque les conditions sanitaires le permettront.

Pour autant, le jeune Montréalais ne s’ennuie pas. Il élève son vin et distille. Avec l’ambition d’offrir quelques lettres de noblesse à son Château Lassalle-Baqué, en souvenir de la tour de guet qui, au Moyen-Age, prévenait les habitants du village de dangers imminents. Rémi a lancé une gamme d’armagnacs. Pour l’heure modeste avec un XO (30 ans d’âges, issu des cépages baco et ugni blanc) mais s’apprête à proposer un millésime 1990. Si sa famille a stoppé la distillation de 1995 à 2017, l’alambic chauffe de nouveau tous les hivers. Et Rémi peut compter sur quelques pépites en stock, notamment des millésimes 64, 76, 80 ou encore 92 qui ne demandent qu’à être dégustés.

« Je commercialise au domaine et suis présent chez quelques cavistes et restaurateurs. Dès que je pourrai je vais reprendre le chemin de ses professionnels pour leur proposer mes armagnacs, » lance le distillateur à qui on peut faire confiance pour bichonner ses eaux-de-vie.

 

 

Rémi Brocardo

 

 

 

 

Photos © Aurélie B. Photographies

Share Button